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Gabon : 1,2 million d’étrangers recensés, le seuil de tolérance est-il atteint ?

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La publication des premiers résultats du Recensement général de la population et des logements (RGPL) 2026 ne cesse de susciter des interrogations. Sur 3 518 621 habitants recensés, 1 200 256 sont de nationalité étrangère, soit environ 34,1 % de la population résidente.

Autrement dit, près d’un résident sur trois vivant au Gabon est aujourd’hui présenté comme étant de nationalité étrangère.

Ce chiffre, à lui seul, mérite que l’on s’y attarde. Non pas pour désigner l’étranger comme un problème, encore moins pour alimenter une quelconque xénophobie, mais parce qu’il traduit une réalité démographique, économique et sociale majeure qui doit désormais être prise en compte dans les politiques publiques.

Le seuil de tolérance est-il atteint ?

C’est probablement la question la plus sensible que ce recensement pose à la société gabonaise.

Pendant des années, le Gabon a été considéré comme une terre d’accueil, notamment pour les ressortissants des pays voisins et de la sous-région. Cette ouverture a accompagné le développement de nombreux secteurs économiques et contribué à la vitalité commerciale du pays.

Mais toute politique d’ouverture suppose également une capacité de contrôle.

Lorsque la proportion des résidents étrangers atteint désormais 34,1 % selon les premiers résultats du RGPL, le débat ne peut plus être évacué d’un revers de main.

Le Gabon dispose-t-il encore des moyens nécessaires pour maîtriser ses flux migratoires ?

Ses frontières sont-elles suffisamment contrôlées ?

L’État connaît-il précisément le statut administratif de ceux qui résident sur son territoire ?

Quelle est la part des travailleurs réguliers, des étudiants, des réfugiés, des résidents permanents et des personnes en situation irrégulière ?

Ces questions sont légitimes dans un État qui cherche à planifier son avenir.

Le contraste avec les données disponibles auparavant est particulièrement frappant.

Le recensement de 2013 faisait apparaître une proportion d’étrangers nettement inférieure. Les estimations internationales disponibles pour le milieu des années 2010 étaient elles aussi très éloignées du chiffre aujourd’hui annoncé.

Il ne faut toutefois pas comparer mécaniquement ces données comme si elles avaient été produites selon exactement les mêmes méthodes. Le nouveau recensement pourrait notamment avoir bénéficié d’une couverture beaucoup plus importante du territoire et d’outils numériques permettant de mieux identifier les populations résidentes.

D’ailleurs, les autorités indiquent que l’opération de 2026 a atteint un taux de couverture national de 97 %.

Mais cette explication rend une autre question encore plus urgente :

quelle était la réalité démographique qui échappait auparavant aux statistiques ?

Le phénomène visible sur le terrain

Pour de nombreux Gabonais, les chiffres annoncés ne constituent pas une découverte totale.

Dans plusieurs villes, quartiers et zones frontalières, la présence de populations étrangères est devenue une réalité quotidienne. Les activités commerciales, les transports, le bâtiment, la restauration, les petits métiers et certains secteurs de services en témoignent.

À cela s’ajoutent régulièrement des opérations de lutte contre l’immigration clandestine et des interceptions de personnes tentant d’entrer sur le territoire par des voies irrégulières.

Mais il faut être précis : être étranger ne signifie pas être clandestin. C’est une distinction fondamentale.

Le chiffre de 1,2 million concerne les ressortissants étrangers recensés. Il ne permet pas, à lui seul, de déterminer combien de personnes sont en situation irrégulière.

Le véritable problème : l’absence de données détaillées

C’est ici que se situe désormais le véritable enjeu journalistique.

Le gouvernement doit expliquer ce que recouvre exactement cette population de 1 200 256 étrangers.

Quelles sont leurs nationalités ?

Dans quelles provinces résident-ils ?

Combien travaillent ?

Dans quels secteurs ?

Combien sont installés depuis moins de cinq ans ?

Combien sont nés au Gabon ?

Combien disposent d’un titre de séjour ?

Combien sont en situation irrégulière ?

La ministre de la Planification a elle-même reconnu que les équipes avaient rencontré des difficultés au début du recensement pour entrer en contact avec certains étrangers, avant de bénéficier notamment du concours des ambassades et des associations communautaires.

Ces précisions sont donc indispensables pour permettre aux citoyens de comprendre la portée réelle du chiffre annoncé.

Le Gabon peut-il continuer à accueillir sans maîtriser ?

Le débat ne doit pas être : « faut-il chasser les étrangers ? »

La véritable question est plutôt : « quelle politique migratoire le Gabon veut-il pour les prochaines décennies ? »

Un pays souverain peut parfaitement accueillir des étrangers, favoriser l’investissement, protéger les réfugiés et permettre la circulation des personnes tout en exigeant le respect de ses lois.

L’ouverture et le contrôle ne sont pas contradictoires.

Au contraire, une politique migratoire maîtrisée protège à la fois les nationaux et les étrangers régulièrement établis.

Une bombe sociale à retardement ?

Car derrière les chiffres se trouvent des réalités très concrètes.

Chaque nouvel habitant supplémentaire signifie des besoins supplémentaires en logements, en écoles, en centres de santé, en transports, en eau potable, en électricité et en emplois.

Or, le Gabon connaît déjà des tensions dans plusieurs de ces secteurs.

La question n’est donc pas de savoir si l’étranger est responsable des difficultés du pays. Ce serait une simplification dangereuse.

La question est de savoir si l’État a anticipé la croissance démographique et migratoire du pays.

Et surtout, si les ressources nationales, les infrastructures et les politiques publiques sont dimensionnées pour une population désormais estimée à plus de 3,5 millions d’habitants.

Le seuil de tolérance est-il atteint ?

La formule peut déranger. Elle doit pourtant être posée dans le débat public, à condition de la débarrasser de toute connotation xénophobe.

Un seuil de tolérance n’est pas nécessairement un seuil contre les étrangers.

Il peut être le seuil de capacité d’un État à intégrer, administrer, contrôler et faire cohabiter une population en forte croissance.

Si le Gabon compte effectivement près de 1,2 million de ressortissants étrangers, il doit désormais se donner les moyens de connaître cette population, de l’intégrer lorsqu’elle est en situation régulière et de faire respecter la loi lorsqu’elle ne l’est pas.

Le silence ne résoudra rien.

La stigmatisation non plus.

Ce qu’il faut désormais, ce sont des chiffres détaillés, une politique migratoire claire et un véritable contrôle du territoire.

Le RGPL 2026 vient peut-être de mettre devant les yeux du pays une réalité que beaucoup pressentaient déjà.

Reste maintenant la question essentielle :

Le Gabon est-il toujours une terre d’accueil, ou doit-il désormais devenir une terre d’accueil sous contrôle ?

Et derrière cette interrogation, une autre, plus fondamentale encore : le seuil de tolérance est-il atteint ?

 

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