Libreville. Après la publication, le 2 juillet 2026, du bilan du processus de mise en conformité des partis politiques par le ministère de l’Intérieur, de la Sécurité et de la Décentralisation, le débat sur l’avenir du pluralisme politique au Gabon prend une nouvelle tournure.
Selon les chiffres communiqués par le ministre Adrien Nguema Mba, 69 des 102 partis politiques légalement reconnus, soit 67,65 %, ont déposé leurs dossiers de régularisation dans les délais prescrits par la loi n°16/2025 relative aux partis politiques. Le gouvernement présente cette réforme comme une étape majeure de l’assainissement du paysage politique national, destinée à renforcer l’organisation, la représentativité et le fonctionnement des formations politiques.
En revanche, 33 partis politiques ont choisi de ne pas se soumettre à cette procédure, estimant que les nouvelles exigences ne peuvent être appliquées à des partis déjà légalement constitués avant l’entrée en vigueur de la loi. Pour ces formations, il ne s’agit pas d’un refus d’obéir à la loi, mais d’une contestation juridique fondée sur le principe de la non-rétroactivité des lois. C’est dans ce contexte que le président du Parti du Peuple Gabonais (PPG) et ancien candidat à l’élection présidentielle d’août 2023, Jean Romain Fanguinoveny, a convoqué une réunion des 33 partis concernés, prévue le 8 juillet 2026 à 16 heures au siège du PPG à Libreville.
À l’ordre du jour figure la création d’un Collectif des Partis Politiques Historiques pour le Respect de la Constitution et du Pluralisme Démocratique au Gabon (CPHRCPDG). Selon les organisateurs, cette plateforme vise à coordonner une réponse commune face à l’application de la loi n°16/2025 et à défendre ce qu’ils considèrent comme les droits acquis des partis politiques existants.
L’ancien candidat à la présidentielle du 12 avril 2025, l’un des initiateurs du collectif affirme dans un communiqué dont nous avons obtenu copie que l’application de nouvelles conditions à des partis déjà reconnus juridiquement constitue une violation du principe universel de la non-rétroactivité des lois, selon lequel une loi nouvelle ne produit d’effets que pour l’avenir et ne peut remettre en cause des situations légalement établies avant son entrée en vigueur.
Dans cette logique, les 33 partis annoncent leur intention d’engager plusieurs recours institutionnels. Ils prévoient notamment de saisir le ministère de l’Intérieur, la Cour administrative, la Cour constitutionnelle et, si nécessaire, le Président de la République, en sa qualité de Chef de l’État et Chef du Gouvernement, afin d’obtenir un réexamen de l’application de la loi.
Pour ces partis, l’enjeu dépasse leur seule existence juridique. Ils estiment que la disparition éventuelle d’une partie importante des formations politiques pourrait avoir des conséquences sur le pluralisme démocratique et la liberté d’association garanties par la Constitution.
De son côté, le gouvernement soutient que la réforme répond à la nécessité de restructurer un paysage politique marqué par la multiplication de partis peu actifs ou insuffisamment représentatifs. L’exécutif considère que cette opération permettra de clarifier durablement l’offre politique nationale avant les prochaines échéances institutionnelles.
Les décisions individuelles du ministère de l’Intérieur concernant les dossiers déposés sont désormais attendues. Elles détermineront quelles formations seront définitivement reconnues au regard de la nouvelle législation et pourraient ouvrir une nouvelle séquence de contentieux devant les juridictions compétentes.
Entre volonté affichée d’assainissement de la vie politique et contestation fondée sur des arguments de droit, la mise en œuvre de la loi n°16/2025 s’annonce comme l’un des principaux enjeux institutionnels de cette année politique au Gabon.
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