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Littérature et Mémoire : Les Éditions Universitaires Gabonaise rendent hommage à Mbombet Aniangué et Pascal Moulopo

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Une page majeure de l’historiographie et de la mémoire collective gabonaise s’est écrite lors de la présentation officielle des nouveaux travaux du professeur Daniel Franck Idiata. Placé sous le signe du « destin croisé », cet événement académique et culturel a mis en lumière deux figures emblématiques de l’histoire nationale : Mbombet Aniangué, chef de la résistance anticoloniale mitsogo au début du XXᵉ siècle, et le colonel Pascal Moulopo, gardien de la continuité de l’État lors de la crise politique des 17 et 18 février 1964.

Intervenant en sa qualité de directeur nouvellement nommé des Éditions Universitaires Gabonaise (EUG), le Docteur Thierry Afane Otsaga (enseignant-chercheur à l’Université Omar Bongo et maître-assistant CAMES) a rappelé l’importance stratégique de cette institution rattachée à l’UOB.

 

« La création des Éditions Universitaires Gabonaise au sein de l’Université Omar Bongo constitue un levier essentiel de production, de diffusion et de valorisation du savoir scientifique national », a affirmé le Dr Afane Otsaga.

 

Face aux coûts élevés des livres importés et à la sous-représentation de la recherche locale dans les circuits éditoriaux internationaux, les EUG entendent démocratiser l’accès aux savoirs. L’ambition affichée est claire : offrir des supports pédagogiques accessibles, renforcer l’autonomie intellectuelle de l’université, garantir une rigueur scientifique stricte et positionner l’UOB parmi les meilleures institutions d’enseignement supérieur du continent.

 

Deux trajectoires, une même quête : La défense de la dignité et de la souveraineté

Au cœur des allocutions figurait l’analyse croisée des trajectoires de Mbombet Aniangué et du colonel Pascal Moulopo, deux acteurs historiques issus de l’espace Ngounié (notamment du secteur de Mimongo).

 

Mbombet Aniangué (1903–1913) : Chef mitsogo, il a mené une guerre de résistance structurée face à l’imposition de l’autorité coloniale, à la fiscalité forcée et aux spoliations territoriales. Utilisant la forêt comme espace stratégique de guérilla, son combat incarnait une souveraineté territoriale, culturelle et spirituelle.

 

Le Colonel Pascal Moulopo (Février 1964) : Formé dans les rangs de l’armée coloniale française (ayant combattu en Oubangui-Chari, à Madagascar et en Indochine), cet officier massango est intervenu au cœur du coup d’État de 1964. En assurant la protection physique du président Léon Mba après sa destitution provisoire, il a évité un basculement tragique et préservé l’intégrité de la jeune République gabonaise.

 

Pour le Dr Afane Otsaga, ces deux parcours ne s’opposent pas : ils se complètent. L’un a défendu les communautés et la dignité de la terre face à la conquête coloniale ; l’autre a protégé les institutions de l’État naissant face au chaos politique.

 

L’Union des Écrivains du Gabon salue une œuvre historiographique majeure

 

Prenant la parole à la suite du directeur des EUG, le président de l’Union des Écrivains Gabonais (UDEG), le commandant Éric Joël Bekale, a présenté une lecture critique de l’ouvrage du professeur Daniel Franck Idiata consacré à Bombet Aniangué et à la guerre des Mitsogo.

 

Saluant plus d’une décennie d’enquêtes de terrain, de collectes de traditions orales et de dépouillements d’archives, Éric Joël Bekale a articulé sa présentation autour de plusieurs axes fondamentaux :

 

Une contribution historique capitale : L’ouvrage restitue la mémoire d’un chef de guerre dont l’action est restée trop longtemps en marge des manuels scolaires officiels.

 

Une démarche pluridisciplinaire : L’auteur croise les archives militaires françaises, les récits oraux locaux, la linguistique et l’anthropologie.

 

La complexité du conflit : Le livre met en lumière la finesse des stratégies de guérilla, les alliances intercommunautaires (notamment avec les Bapounou), mais aussi les dissensions internes et les trahisons qui ont marqué cette décennie de résistance.

 

Une rigueur méthodologique : Le professeur Idiata aborde sans détours les limites de la reconstitution historique : biais des archives coloniales, rareté des traces écrites et défis de la transmission orale.

 

Devoir de mémoire et réappropriation de l’histoire

En conclusion de la rencontre, les intervenants ont lancé un appel vibrant aux universitaires, aux étudiants et aux décideurs publics pour accélérer la réhabilitation des héros nationaux.

 

« Celui qui se rappelle son passé a des racines bien mieux enfoncées dans sa terre afin de mieux grandir », a rappelé le président de l’UDEG, invitant les historiens et chercheurs à poursuivre ce travail d’écriture de l’histoire gabonaise.

 

La publication de cet ouvrage par les Éditions Universitaires Gabonaise marque ainsi une étape décisive dans la réappropriation du récit national, réaffirmant que la mémoire du Gabon s’est forged tant dans la résistance des forêts du Sud que dans la sauvegarde des institutions républicaines.

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