Coup de tonnerre à l’Assemblée nationale gabonaise. Les députés ont rejeté, vendredi 9 mai, un projet de loi porté par le gouvernement du président de transition Brice Clotaire Oligui Nguema, pourtant soutenu par une majorité parlementaire acquise à son camp politique.
Le texte, défendu par le ministre de l’Économie Thierry Minko, visait à réformer le cadre juridique des activités de crédit au sein des banques et des institutions de microfinance au Gabon. Présenté comme un outil destiné à moderniser et sécuriser le secteur financier, le projet n’a toutefois pas convaincu les parlementaires.
Sous la présidence de Régis Onanga Ndiaye, l’Assemblée nationale a opposé une fin de non-recevoir au gouvernement, demandant une révision approfondie du texte avant tout nouvel examen.
Les députés ont notamment reproché au projet son manque d’harmonisation avec les règles de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale et de la Commission bancaire de l’Afrique centrale, deux institutions de référence en matière de régulation financière dans la sous-région.
Selon le quotidien national L’Union, les élus ont recommandé au gouvernement de solliciter au préalable l’avis conforme des instances communautaires avant toute adoption. Ils ont également plaidé pour un élargissement de l’accès à la centrale des risques aux établissements de microfinance ainsi qu’un renforcement des tribunaux de commerce.
Au-delà de l’aspect technique, ce rejet est perçu comme un signal politique fort envoyé par la 14e législature, dominée par l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB), le parti fondé par le président Oligui Nguema. Une telle opposition publique à un texte gouvernemental demeure rare dans l’histoire politique récente du Gabon.
Sous l’ancien régime, les projets de loi déposés par l’exécutif étaient généralement adoptés sans véritable contestation par les députés de la majorité. Cette décision marque donc une rupture symbolique avec les pratiques parlementaires du passé et pourrait traduire une volonté croissante d’affirmation du pouvoir législatif.
Ce revers intervient quelques semaines après un autre épisode révélateur des nouvelles dynamiques politiques au sein du pays. En avril dernier, le maire de Libreville, Pierre Matthieu Obame Etoughe, avait démissionné après avoir été mis en minorité lors du vote du budget municipal, pourtant par des élus issus du même courant politique.
Ces événements successifs témoignent d’une évolution notable des rapports de force au sein des institutions gabonaises, dans un contexte de transition politique où les équilibres traditionnels semblent progressivement remis en question.
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