C’est un paradoxe qui fait grincer des dents dans les rédactions librevilloises. Alors que le ruban tricolore s’apprête à être coupé ce samedi pour marquer la renaissance de la Cité de la Démocratie, deux noms manquent cruellement à l’appel sur la liste des invités de marque : Victor Moundounga et Henrik Boukoko.
Il y a peu, alors que le Palais des Congrès n’était qu’un squelette de béton dévoré par la forêt et l’oubli, ces deux journalistes avaient osé l’impertinence. Dans un reportage mémorable et sans complaisance, ils avaient exposé au grand jour l’état de délabrement de ce joyau architectural, véritable symbole de notre souveraineté, abandonné durant les années de plomb du régime d’Ali Bongo.
Ce cri du cœur médiatique, véritable électrochoc pour l’opinion publique, avait trouvé un écho direct auprès du Président de la Transition, le Général Brice Clotaire Oligui Nguema. Touché dans sa fibre patriotique par les images de Moundounga et Boukoko, le Chef de l’État avait immédiatement ordonné le lancement des travaux de reconstruction intégrale de la cité.
Pourtant, à la veille de cette grande cérémonie d’inauguration qui doit célébrer le Gabon nouveau, les deux « éveilleurs de conscience » semblent avoir été oubliés par le protocole. Une omission qui interroge : peut-on célébrer le fruit d’une renaissance en ignorant ceux qui en ont semé les graines par leur courage journalistique ?
Si la Cité de la Démocratie brille à nouveau de mille feux, c’est aussi parce que deux plumes et deux caméras ont refusé de laisser le patrimoine national mourir dans le silence. Demain, lors des discours officiels, beaucoup s’attribueront la paternité de ce succès. Mais les Gabonais, eux, n’oublient pas qui a tiré la sonnette d’alarme.
L’histoire retiendra que la reconstruction a commencé par un reportage. Dommage que la reconnaissance, elle, soit restée au pied du chantier.
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