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Carburants: protéger les ménages, préserver l’état, sécurisée l’avenir 

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Une station-service sans carburant, ce n’est pas seulement une difficulté pour l’automobiliste. C’est une famille qui ne peut plus se déplacer normalement, un taxi qui travaille moins, une entreprise qui ralentit, un commerçant qui augmente ses coûts et, au bout de la chaîne, un panier de la ménagère qui devient plus cher.

La récente tension sur l’approvisionnement dans le Grand Libreville, officiellement constatée début octobre 2026, a été rapidement prise en charge par les autorités avec la mobilisation des stocks disponibles et l’arrivée d’une nouvelle cargaison.

Mais une question demeure : comment éviter que cet épisode ne se reproduise ?

Le problème dépasse la pompe

Le Gabon est un pays producteur de pétrole, mais son marché intérieur reste dépendant des importations de produits raffinés. Cette vulnérabilité expose le pays aux retards logistiques, aux fluctuations internationales et aux incidents affectant le raffinage ou le stockage.

La réponse ne peut donc pas être uniquement de faire arriver un navire lorsque les stocks baissent.

Il faut passer d’une gestion de pénurie à une politique de sécurité énergétique.

Cela suppose trois priorités immédiates.

Premièrement : constituer un véritable stock stratégique national.

Un seuil minimum de sécurité doit être fixé pour l’essence et le gasoil, avec un système d’alerte permettant de déclencher les importations avant la rupture.

Deuxièmement : moderniser durablement SOGARA et sécuriser la chaîne logistique.

Raffinage, stockage, transport et distribution doivent être considérés comme une seule chaîne stratégique. Le nouveau dépôt pétrolier et les investissements programmés dans les capacités de stockage doivent être intégrés à cette logique. Les documents budgétaires avaient déjà identifié l’augmentation des capacités de stockage et l’optimisation du schéma logistique comme des priorités.

Troisièmement : instaurer une véritable tour de contrôle de l’aval pétrolier.

Chaque jour, l’État doit connaître les stocks disponibles, les volumes en mer, les cargaisons commandées, les capacités de raffinage et les besoins prévisionnels.

Le carburant est aussi une question de pouvoir d’achat

Il faut regarder la crise depuis la station-service, mais aussi depuis le salon des ménages.

Lorsque le carburant manque ou devient plus coûteux, l’effet se diffuse rapidement : transport, alimentation, livraison, pêche, agriculture, services et petites activités économiques.

Le carburant est un prix transversal de l’économie.

C’est pourquoi la politique de lutte contre la vie chère ne peut être dissociée de la sécurité de l’approvisionnement énergétique.

Protéger le pouvoir d’achat ne signifie pas seulement contenir le prix à la pompe. Cela signifie également éviter les ruptures, réduire les coûts logistiques et garantir la disponibilité du produit.

Mais protéger les ménages a aussi un coût pour l’État

C’est le deuxième enseignement majeur.

Lorsque l’État compense l’écart entre le coût réel du produit et le prix supporté par le consommateur, cette protection devient une dépense publique.

La loi de finances 2026 reconnaît d’ailleurs explicitement la subvention aux prix des produits pétroliers parmi les dépenses protégées de la mise en réserve budgétaire.

Cette politique peut être nécessaire pour protéger les ménages, mais elle doit être maîtrisée, transparente et temporairement ciblée.

Chaque franc CFA consacré à compenser une inefficacité structurelle est un franc qui ne finance pas une école, un hôpital, une route, une infrastructure énergétique ou un investissement productif.

Le véritable enjeu budgétaire est donc de réduire progressivement le coût de la compensation par l’amélioration de la chaîne pétrolière.

Autrement dit : mieux vaut investir dans le stockage, le raffinage et la logistique que payer indéfiniment le prix des ruptures.

Pour une nouvelle doctrine de sécurité énergétique

Le Gabon devrait désormais se fixer quatre objectifs mesurables :

• 30 jours minimum de sécurité pour les principaux produits stratégiques, avec un objectif progressivement ajusté aux besoins ;

• un tableau de bord quotidien de l’aval pétrolier ;

• un plan national de continuité d’approvisionnement pour toutes les provinces ;

• un contrat de performance pluriannuel pour le raffinage, le stockage et la distribution.

Il faut également publier chaque année le coût budgétaire global de la politique des prix des carburants : subventions, exonérations, pertes éventuelles de recettes, coûts logistiques exceptionnels et investissements publics.

Cette transparence permettra de répondre à une question essentielle : combien coûte réellement au contribuable la protection du prix à la pompe ?

Transformer l’alerte en réforme

La récente tension doit être considérée comme une alerte utile, et non comme une fatalité.

Le Gabon doit pouvoir garantir simultanément trois choses : le carburant disponible pour les ménages, un prix soutenable pour le consommateur et une charge maîtrisée pour les finances publiques.

C’est le bon équilibre entre justice sociale, souveraineté énergétique et discipline budgétaire.

La véritable réforme de l’aval pétrolier ne consiste donc pas seulement à éviter la prochaine pénurie.

Elle consiste à faire en sorte que, demain, aucune famille gabonaise, aucune entreprise et aucun service public ne soit pris en otage par une rupture d’approvisionnement.

Produire du pétrole est une richesse. Garantir l’énergie au quotidien est une souveraineté.

Yves Fernand Manfoumbi

 

 

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